A l'image d'autres domaines technologiques (l'exploration spatiale, le monde du renseignement), le numérique et la cybersécurité doivent conduire à l'émergence d'un imaginaire collectif, français et européen. Le groupe Imaginaire de l'Agora 41 travaille à la constitution de cet horizon commun.

Construire cet imaginaire du numérique passe notamment par la création de mots pour le décrire et le nommer. A cet égard, l'origine du mot ordinateur [1] inspire la réflexion de l'Agora 41 : en avril 1955, IBM France engageait la construction dans ses ateliers de Corbeil-Essonnes des premières machines électroniques destinées au traitement de l'information. Le terme anglo-saxon alors utilisé par les américains pour désigner ces machines était " Electronic Data Processing System " ou EDPS, le terme computer désignant plutôt des machines scientifiques et se traduisant par calculateur.

A la demande d'IBM le 16 avril 1955, le professeur de philologie latine à la Sorbonne M Jacques Perret propose alors différents noms et néologismes pour remplacer "computer", en fondant sa réflexion sur la nature et les fonctions de ces nouvelles machines mécanographiques. Le choix d'IBM France se porte alors sur le mot "ordinateur" qu'il cherche à protéger dans un premier temps avant de le laisser dans le domaine public.

Voici la réponse du professeur Perret, dont un facsimilé de la lettre originale est disponible à la Direction de la communication d'IBM France :

Inspiré par la création d'un imaginaire par les mots, le groupe Imaginaire s'est également intéressé à la traduction de software par logiciel ou encore la création de micral (singulier de micro) par le bureau d'étude R2E en 1973.

Mais depuis quelques années, les néologismes semblent avoir triomphé. Face à l'avènement de l'anglais comme langue internationale et son usage généralisé au sein des organismes européens et internationaux, la nécessité de traduire des mots comme hacker (qui provient d'une rue de Londres, Hackney street) ou encore le terme blockchain, est devenu moins pressante.

Le groupe Imaginaire souhaiterait ainsi poursuivre sa construction d'un imaginaire numérique en listant les expressions du numérique et en tentant de mettre en oeuvre une vaste entreprise de résistance textuelle. Des travaux à suivre !


[1] source :

https://listes.traduc.org/pipermail/gnomefr/2003-July/000258.html